Léandre-Alain Baker, un homme orchestre au service du récit.

Cinéma | Luccia Ongouya | 28/08/2026

Léandre-Alain Baker, un homme orchestre au service du récit.
Lui, c’est Léandre-Alain Baker, un homme orchestre au service du récit.

Acteur, romancier, poète, dramaturge, metteur en scène, scénariste et réalisateur, les casquettes ne manquent pas lorsqu’il s’agit de présenter Léandre-Alain Baker. Mais au fond, derrière toutes ces étiquettes, se dessine un même fil rouge : le besoin de raconter.
Qui est cet homme capable de passer d’une scène de théâtre à un plateau de cinéma, puis d’une caméra à la page blanche ?

C’est d’abord un homme de théâtre
Né le 25 février 1960 à Bangui, en République centrafricaine, Léandre-Alain Baker est un artiste congolais qui a construit son parcours entre le théâtre, la littérature et le cinéma. Il vit à Paris, mais ses racines artistiques restent liées à Brazzaville, où il participe à la vie culturelle et théâtrale.
Très jeune, il est attiré par le théâtre. Avec l’écrivain Emmanuel Dongala, il crée et anime le Théâtre de l’Éclair à Brazzaville. Il participe également à la création du Cercle littéraire de Brazzaville avec Caya Makhélé.
Léandre-Alain Baker écrit lui-même pour la scène. Sa pièce “Les jours se traînent, les nuits aussi”, publiée en 1993, reçoit le Prix RFI Théâtre et connaît plusieurs traductions, notamment en allemand, en portugais et en irlandais. Il publie également le roman Ici s’achève le voyage en 1989 et L’Enfer comme station balnéaire en 2007.
Mais le théâtre n’est bientôt plus son seul moyen d’expression. Après sa formation à l’Université Paris 8, il se tourne vers le cinéma. Le cinéma devient alors une autre manière de raconter.
Pour lui, passer de l’écriture ou du théâtre au cinéma ne signifie pas changer de vocation. C’est plutôt la continuité d’un même besoin de raconter, qui ne fait que changer de support.
C’est pourquoi, en dépit de toutes les étiquettes qu’on peut lui attribuer, celle qui correspond le mieux à son parcours est celle de narrateur.

Un homme qui raconte pour transmettre
Léandre-Alain Baker est un narrateur qui traduit sa manière de voir le monde pour la partager avec les autres. L’écriture cinématographique occupe notamment une place importante dans sa démarche, parce que le cinéma possède, selon lui, la force de transmettre des histoires, des visages et des mémoires aux générations futures.
Cette dimension de transmission apparaît particulièrement dans son travail de documentariste.
Baker s’intéresse à ceux qui l’ont précédé et qui ont contribué à façonner la littérature et la culture africaines. Il réalise ainsi Diogène à Brazzaville, consacré à l’écrivain et dramaturge Sony Labou Tansi, puis Tchicaya, la petite feuille qui chante son pays, consacré au poète Tchicaya U Tam’si.
Avec Diogène à Brazzaville, Léandre-Alain Baker revient sur le parcours de Sony Labou Tansi, devenu l’une des grandes figures de la littérature congolaise et africaine. Le documentaire est à la fois un portrait et un travail de mémoire.
Ce choix est d’autant plus significatif que Bakera connu Sony Labou Tansi bien avant qu’il ne devienne la grande figure littéraire que l’on connaît. Alors qu’il était adolescent à Brazzaville, il connaissait d’abord Marcel Nsoni, le véritable nom de Sony Labou Tansi, comme un « grand » du quartier, professeur d’anglais et homme cultivé.
Des années plus tard, il ne filme donc pas simplement un écrivain devenu célèbre. Il transmet la mémoire d’un ainé qui a réussi sa carrière littéraire.
Il porte ensuite son regard sur Tchicaya U Tam’si, autre grande voix de la littérature congolaise et l’un des plus grands poètes du continent, avec Tchicaya, la petite feuille qui chante son pays. Là encore, Baker fait du cinéma un outil de transmission et de mémoire.

Il oeuvre pour un cinéma sans frontières
Mais son regard ne se limite pas à ses propres racines congolaises. Il s’inscrit dans un espace plus large, celui d’un cinéma africain ouvert sur le monde.
Léandre-Alain Baker défend une conception universelle du cinéma. Pour lui, il ne s’agit pas de rester enfermé dans son propre « village », mais au contraire de s’ouvrir aux autres, aux autres cultures et aux autres histoires.
Cette ouverture se retrouve également dans son passage à la fiction. Il réalise plusieurs courts métrages avant de signer, en 2009, son premier long métrage de fiction, Ramata, adapté du roman d’Abasse Ndione.
Parallèlement à la réalisation, Baker poursuit son activité de comédien et collabore avec plusieurs metteurs en scène reconnus, parmi lesquels Gabriel Garran, Philippe Adrien, Christian Schiaretti et Peter Brook. Il apparaît également dans plusieurs films et téléfilms.

Il est clair que chez Léandre-Alain Baker, les disciplines se répondent. L’acteur apprend à observer les personnages, l’écrivain leur donne une voix, le metteur en scène leur donne un espace et le réalisateur leur donne des images.C’est sans doute ce qui rend son parcours si singulier.
Et si l’on devait finalement retenir une seule image pour comprendre cet artiste, ce serait celle de l’homme orchestre. Un artiste qui utilise plusieurs supports pour jouer la même partition.
Acteur, écrivain, dramaturge, metteur en scène, scénariste ou réalisateur, autant de façons de faire ce qu’il fait depuis toujours au service du récit, pour raconter.

Raconter les autres. Raconter les anciens. Raconter les blessures et les rêves. Raconter le Congo et l’Afrique, mais aussi le monde.
Car même si le cinéma africain souffre encore d’un marché et d’un public insuffisamment développés, Léandre-Alain Baker lui reconnaît un énome potentiel pour préserver la mémoire du continent.
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