Dans la plupart de nos sociétés, la culture est très souvent le parent-pauvre. Dans notre quotidien, la culture est ce qui vient après le nécessaire: l'économie, l'éducation, la santé, la technologie. Elle serait un supplément, un espace de loisir réservé à ceux qui ont le temps et les moyens de s'y consacrer.
Mais à quoi sert réellement la culture ?
Est-elle simplement destinée à nous distraire, à nous divertir ou à nous offrir un refuge face aux difficultés du monde ? Ou joue-t-elle un rôle beaucoup plus fondamental dans la construction des individus et des sociétés ?
En 1961, le général de Gaulle formulait une conception particulièrement interessante de la culture :
« La culture, dans notre monde moderne, ce n’est pas seulement un refuge et une consolation au milieu d’un temps qui est essentiellement mécanique, matérialiste et précipité. C’est aussi la condition de notre civilisation, parce que, si moderne qu’elle puisse être, et plus moderne encore qu’elle doive être, c’est toujours l’esprit qui la commandera. L’esprit, c’est-à-dire la pensée, le sentiment, la recherche et les contacts entre les hommes. C’est pourquoi, encore une fois, la culture domine tout. Elle est la condition sine qua non de notre civilisation d’aujourd’hui, comme elle le fut des civilisations qui ont précédé celle-là. »
Charles De Gaulle ne réduit pas la culture aux arts, aux livres ou aux spectacles. Il l'associe à quelque chose de plus fondamental : l'esprit, c'est-à-dire la capacité de penser, de ressentir, de chercher, de créer et d'entrer en relation avec les autres.
Mais alors, à quoi nous sert la culture?
La culture nous permet de comprendre le monde
La première fonction de la culture est peut-être de nous donner des clés pour comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Nous ne percevons jamais la réalité de manière totalement neutre. Nous l'interprétons à travers une langue, une histoire, des connaissances, des valeurs, des récits et des représentations que nous avons acquis au sein d'une société. La culture nous fournit précisément ces cadres d'interprétation.
Lire, apprendre, découvrir une œuvre, connaître l'histoire d'une société, écouter un récit différent du sien ou se confronter à une autre manière de penser, ce n'est donc pas seulement accumuler des connaissances. C'est élargir son horizon et apprendre à regarder autrement ce que l'on croyait connaître. La culture nous permet ainsi de passer de « ce que je sais » à « ce que je peux comprendre ».
La culture nous aide à nous construire
La culture ne transforme pas seulement notre rapport au monde ; elle participe également à la construction de notre identité. Une langue, des récits, une mémoire, des traditions, des valeurs, des œuvres et des pratiques constituent autant de repères à partir desquels nous construisons notre rapport à nous-mêmes et aux autres.
Nous héritons d'une culture, mais nous ne nous contentons pas de la reproduire. Nous la recevons, nous l'interprétons, nous la transformons et nous la transmettons à notre tour.
C'est pourquoi la culture est intimement liée à la question de l'identité : elle nous aide à savoir d'où nous venons, mais aussi à réfléchir à ce que nous voulons devenir.
La culture crée du lien entre les hommes
La culture est également une affaire collective. Une chanson, une langue, une fête, un récit historique, une œuvre littéraire, une pratique ou un symbole peuvent devenir des références partagées par une communauté. Ils permettent aux individus de se reconnaître comme appartenant à une même histoire et de transmettre une mémoire commune.
Mais la culture ne sert pas uniquement à renforcer ce qui nous rassemble. Elle peut également nous permettre de rencontrer ce qui nous est étranger.
Découvrir la culture d'un autre peuple, lire sa littérature, écouter sa musique ou comprendre ses représentations du monde peut contribuer à dépasser les préjugés et à créer les conditions du dialogue. La culture est donc à la fois ce qui nous donne une identité et ce qui peut nous ouvrir à l'altérité.
La culture nous apprend à penser
Il existe enfin une fonction essentielle de la culture : elle nous donne les moyens de questionner ce qui nous entoure. La culture ne consiste pas uniquement à transmettre des connaissances ou des traditions. Elle permet aussi de les interroger.
La philosophie questionne nos certitudes. La littérature explore les expériences humaines. L'art peut bouleverser nos représentations. L'histoire nous oblige à regarder le passé avec distance. Les sciences nous apprennent à confronter nos idées aux faits. La culture développe ainsi une capacité essentielle : ne pas considérer le monde tel qu'il est comme allant nécessairement de soi. Elle peut nous apprendre à douter, à comparer, à interpréter, à argumenter et parfois à remettre en question ce que nous pensions établi. C'est en cela qu'elle participe à la liberté de l'individu.
Une société ne se définit pas uniquement par ce qu'elle produit, par les technologies qu'elle maîtrise ou par la richesse qu'elle accumule. Elle se définit aussi par ce qu'elle pense, ce qu'elle transmet, ce qu'elle crée et la manière dont elle donne du sens à son existence collective.
La culture n'est donc pas simplement ce que nous faisons lorsque nous avons satisfait nos besoins matériels. Elle participe à déterminer ce que nous voulons faire de notre société une fois ces besoins satisfaits.
La culture comme condition de la civilisation
C'est finalement ici que l'affirmation de de Gaulle prend toute sa portée.
Une civilisation ne repose pas uniquement sur des infrastructures, des institutions, des technologies ou des richesses matérielles. Elle repose également sur des idées, des valeurs, une mémoire, des connaissances, des créations et une capacité à penser son propre avenir.
La modernité technique ne suffit donc pas. Une société peut disposer des technologies les plus avancées et connaître parallèlement un appauvrissement de ses capacités à transmettre, à dialoguer, à penser et à créer. C'est pourquoi la culture ne devrait pas être envisagée comme ce qui vient après le développement.
Elle est l'une des conditions qui permettent de donner un sens au développement.
Et si la culture est véritablement une condition de la civilisation, alors une autre question mérite d'être posée. Que devient une société qui cesse d'investir dans sa culture, dans sa mémoire, dans sa création et dans la transmission de ses savoirs ?
Cette question prend une importance particulière lorsqu'on s'intéresse aux sociétés africaines, où les enjeux de transmission culturelle, de patrimoine, de création et de valorisation des cultures sont aujourd'hui au cœur de nombreuses transformations.
C'est peut-être là que commence la véritable question : non plus seulement « à quoi sert la culture ? », mais « quelle place voulons-nous donner à la culture dans la société que nous construisons ? »
Mais à quoi sert réellement la culture ?
Est-elle simplement destinée à nous distraire, à nous divertir ou à nous offrir un refuge face aux difficultés du monde ? Ou joue-t-elle un rôle beaucoup plus fondamental dans la construction des individus et des sociétés ?
En 1961, le général de Gaulle formulait une conception particulièrement interessante de la culture :
« La culture, dans notre monde moderne, ce n’est pas seulement un refuge et une consolation au milieu d’un temps qui est essentiellement mécanique, matérialiste et précipité. C’est aussi la condition de notre civilisation, parce que, si moderne qu’elle puisse être, et plus moderne encore qu’elle doive être, c’est toujours l’esprit qui la commandera. L’esprit, c’est-à-dire la pensée, le sentiment, la recherche et les contacts entre les hommes. C’est pourquoi, encore une fois, la culture domine tout. Elle est la condition sine qua non de notre civilisation d’aujourd’hui, comme elle le fut des civilisations qui ont précédé celle-là. »
Charles De Gaulle ne réduit pas la culture aux arts, aux livres ou aux spectacles. Il l'associe à quelque chose de plus fondamental : l'esprit, c'est-à-dire la capacité de penser, de ressentir, de chercher, de créer et d'entrer en relation avec les autres.
Mais alors, à quoi nous sert la culture?
La culture nous permet de comprendre le monde
La première fonction de la culture est peut-être de nous donner des clés pour comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Nous ne percevons jamais la réalité de manière totalement neutre. Nous l'interprétons à travers une langue, une histoire, des connaissances, des valeurs, des récits et des représentations que nous avons acquis au sein d'une société. La culture nous fournit précisément ces cadres d'interprétation.
Lire, apprendre, découvrir une œuvre, connaître l'histoire d'une société, écouter un récit différent du sien ou se confronter à une autre manière de penser, ce n'est donc pas seulement accumuler des connaissances. C'est élargir son horizon et apprendre à regarder autrement ce que l'on croyait connaître. La culture nous permet ainsi de passer de « ce que je sais » à « ce que je peux comprendre ».
La culture nous aide à nous construire
La culture ne transforme pas seulement notre rapport au monde ; elle participe également à la construction de notre identité. Une langue, des récits, une mémoire, des traditions, des valeurs, des œuvres et des pratiques constituent autant de repères à partir desquels nous construisons notre rapport à nous-mêmes et aux autres.
Nous héritons d'une culture, mais nous ne nous contentons pas de la reproduire. Nous la recevons, nous l'interprétons, nous la transformons et nous la transmettons à notre tour.
C'est pourquoi la culture est intimement liée à la question de l'identité : elle nous aide à savoir d'où nous venons, mais aussi à réfléchir à ce que nous voulons devenir.
La culture crée du lien entre les hommes
La culture est également une affaire collective. Une chanson, une langue, une fête, un récit historique, une œuvre littéraire, une pratique ou un symbole peuvent devenir des références partagées par une communauté. Ils permettent aux individus de se reconnaître comme appartenant à une même histoire et de transmettre une mémoire commune.
Mais la culture ne sert pas uniquement à renforcer ce qui nous rassemble. Elle peut également nous permettre de rencontrer ce qui nous est étranger.
Découvrir la culture d'un autre peuple, lire sa littérature, écouter sa musique ou comprendre ses représentations du monde peut contribuer à dépasser les préjugés et à créer les conditions du dialogue. La culture est donc à la fois ce qui nous donne une identité et ce qui peut nous ouvrir à l'altérité.
La culture nous apprend à penser
Il existe enfin une fonction essentielle de la culture : elle nous donne les moyens de questionner ce qui nous entoure. La culture ne consiste pas uniquement à transmettre des connaissances ou des traditions. Elle permet aussi de les interroger.
La philosophie questionne nos certitudes. La littérature explore les expériences humaines. L'art peut bouleverser nos représentations. L'histoire nous oblige à regarder le passé avec distance. Les sciences nous apprennent à confronter nos idées aux faits. La culture développe ainsi une capacité essentielle : ne pas considérer le monde tel qu'il est comme allant nécessairement de soi. Elle peut nous apprendre à douter, à comparer, à interpréter, à argumenter et parfois à remettre en question ce que nous pensions établi. C'est en cela qu'elle participe à la liberté de l'individu.
Une société ne se définit pas uniquement par ce qu'elle produit, par les technologies qu'elle maîtrise ou par la richesse qu'elle accumule. Elle se définit aussi par ce qu'elle pense, ce qu'elle transmet, ce qu'elle crée et la manière dont elle donne du sens à son existence collective.
La culture n'est donc pas simplement ce que nous faisons lorsque nous avons satisfait nos besoins matériels. Elle participe à déterminer ce que nous voulons faire de notre société une fois ces besoins satisfaits.
La culture comme condition de la civilisation
C'est finalement ici que l'affirmation de de Gaulle prend toute sa portée.
Une civilisation ne repose pas uniquement sur des infrastructures, des institutions, des technologies ou des richesses matérielles. Elle repose également sur des idées, des valeurs, une mémoire, des connaissances, des créations et une capacité à penser son propre avenir.
La modernité technique ne suffit donc pas. Une société peut disposer des technologies les plus avancées et connaître parallèlement un appauvrissement de ses capacités à transmettre, à dialoguer, à penser et à créer. C'est pourquoi la culture ne devrait pas être envisagée comme ce qui vient après le développement.
Elle est l'une des conditions qui permettent de donner un sens au développement.
Et si la culture est véritablement une condition de la civilisation, alors une autre question mérite d'être posée. Que devient une société qui cesse d'investir dans sa culture, dans sa mémoire, dans sa création et dans la transmission de ses savoirs ?
Cette question prend une importance particulière lorsqu'on s'intéresse aux sociétés africaines, où les enjeux de transmission culturelle, de patrimoine, de création et de valorisation des cultures sont aujourd'hui au cœur de nombreuses transformations.
C'est peut-être là que commence la véritable question : non plus seulement « à quoi sert la culture ? », mais « quelle place voulons-nous donner à la culture dans la société que nous construisons ? »